#14 - La musique classique en procès
une histoire de démocratisation, de clichés et de partage 📸🎶💫

Cette semaine j’aimerais vous parler d’une très belle expérience que j’ai faite Vendredi dernier. J’ai joué à Paris dans un théâtre près de République devant 300 entrepreneurs lors d’une journée dédiée à la passion dans l’entrepreneuriat.

 

Cette expérience fut si belle qu’elle est venue raviver et alimenter une réflexion plus large sur la place de la musique classique dans notre société.

 

Question – brûlante – qui m’occupe depuis un moment déjà.

Ouverture

Lorsque Alexandre Dana de LiveMentor m’a proposé de jouer pour la journée consacrée à l’entrepreneuriat et à la passion d’entreprendre, j’ai été enchantée. Connaissant Alexandre, je me doutais que la journée serait mémorable. J’ai donc tout de suite accepté.

 

 

Mais ce que je ne lui ai pas dit, c’est que je me suis aussitôt demandé ce que j’allais bien pouvoir jouer. Et ce questionnement qui peut sembler normal, habituel, a commencé à prendre une drôle de résonance.

 

En effet… quoi jouer pour ce public probablement non mélomane (intéressant, ce présupposé !) hors d’un cadre habituel ? Face aux attentes que mon intervention semblait susciter, j’ai commencé à me demander intérieurement si jouer un morceau de musique classique trouverait un écho, si ce serait adéquat , si ce serait suffisamment divertissant !

 

Vendredi matin, la journée s’est donc ouverte en musique après quelques mots d’introduction de la part d’Alexandre. La lumière s’est éteinte puis rallumée et j’ai joué un morceau toute seule sur scène avec mon violon.

Et c’est probablement un des plus beaux moments de communion, de silence, de méditation collective que j’ai eu sur scène. Magique !

 

 

Cela m’a donné aujourd’hui envie de vous parler de manière plus large de ce qui se dit sur la musique classique de nos jours et de la place qu’elle occupe dans notre société.

 

Attention, aujourd’hui, c’est sérieux ! 🤓

La musique classique sur le banc des accusés

Alors, oui. On accuse la musique d’être (gros mot ultime, semble-t’il en France !) « élitiste », inactuelle, ennuyeuse, non divertissante. Elle doit constamment s’excuser.

 

Les oeuvres sont trop longues, trop complexes … Son apprentissage fastidieux, coûteux (effectivement, c’est pas faux !).
Et imaginez-vous, il faut du silence pour l’écouter !

 

De plus, la musique classique est en crise. Elle ne trouverait plus de public. En témoignent de nombreuses études sur le vieillissement et le non-renouvellement du public. Ce constat préoccupe les différents acteurs du champ culturel. Il faut donc aller à la « conquête » du public.

 

Verdict : Acquittement partiel et liberté sous conditionnelle.
Acquittement partiel et liberté sous conditionnelle.
Il faut la démocratiser !

 

Alors de magnifiques actions, ambitieuses et courageuses sont mises en place et on repense activement le concert classique.
Les orchestres multiplient les actions « jeune public », le projet DEMOS est mis en place, la folle Journée propose des concerts de 45 minutes. On réfléchit sur les lieux de concert, les formats.

 

Stimulant et pertinent !

 

Pourtant, au nom de la démocratisation, visée hautement louable, il arrive que l’on mélange différentes problématiques et qu’aux intentions philanthropiques affichées viennent se mêler d’autres intentions nettement moins pures, d’un autre ordre en tout cas (logique de marché, récupération politique).

 

Et derrière ces différentes propositions, se cachent des messages latents qui posent problème.

 

Laissez-moi vous expliquer et faire un peu de tri !

Réfléchir aux codes et à l’accessibilité de la musique classique, Oui !

Un des enjeux importants est de lever toutes les barrières symboliques qui entourent la musique classique et les lieux de concerts pour les rendre accessible à tous.

 

Outre la réflexion sur les lieux de diffusion et les formats du concert, plusieurs pistes sont explorées : codes vestimentaires, la durée, interdisciplinarité, interaction avec le public.

 

Comme ne pas citer le succès de la Philharmonie de Paris placée en périphérie, dans un geste fort de politique urbaine et qui amène effectivement un nouveau public aux concerts.

 

En finir avec le shaming du public,
Oui !
( et tout de suite svp !)

 

Parlons-en d’ailleurs !
Souvenez vous de la récente polémique sur l’autorisation des applaudissements à la Philharmonie justement.
Certains spectateurs se sont offusqués d’applaudissements entre les mouvements d’une symphonie.

 

Outre le fait que les applaudissements sont des conventions historiques qui ont évolué avec le temps, il faut définitivement sortir de cette culture de shaming face à un public néophyte.

 

Le shaming, c’est le fait de faire ressentir un mélange de honte et d’humiliation. C’est ce qui fait qu’au concert classique, certaines personnes peu habituées ne se sentent pas à leur place et se font toiser du regard.
Ceci est impensable.

 

Alors, oui. Il peut arriver d’être agacé en tant que spectateur par des voisins qui déplient le plus lentement possible des papiers de bonbons ou qui éternuent de manière intempestive. 🍬
Mais n’est-ce pas le risque de toute expérience collective ? N’a-t’on pas la même problématique dans une salle de cinéma ?

 

Et en tant que musicienne, laissez moi vous dire qu’ à la fin du 1er mouvement du Concerto de violon de Tchaikovsky ou de Brahms par exemple, après une vingtaine de minutes de marathon musical, il est tellement satisfaisant de relâcher la pression et de recevoir des applaudissements. Et au fond, si « logique » émotionnellement – pour le spectateur comme pour le musicien !
Alors, s’il vous plait, oui – applaudissez et surtout ne dites pas « Chut ». 😉🙏

 

Mais en fait, en filigrane, la vraie question qui se profile est plutôt celle de la place de la musique dans l’éducation pour tous, non ?
J’y reviens plus tard. Comptez sur moi !

La responsabilisation de l’artiste-interprète, Oui !

Se poser la question de la démocratisation de la musique est stimulante pour les artistes-interprètes qui se doivent de réfléchir à leur programmation et à la réception de leur programme, et sortir d’un « entre-soi ».

 

Ainsi, idéalement, l’interprète élabore avec le programmateur un « menu » et propose un « parcours ». Ainsi le fait de composer un programme devient un acte de « curation » comme on dit pour une exposition.

 

C’est ainsi que j’ai développé un programme intitulé Violon+, où je joue et je présente des oeuvres du répertoire pour violon seul en donnant des clés d’écoute sur un répertoire réputé exigeant.
C’est un programme que j’adore faire.
Lorsque je l’ai donné dans le festival Vox Musica près de Poitiers il y a plusieurs années, quelle joie profonde que de voir des spectateurs reconnaissants me dire après le concert qu’ils avaient l’impression de « comprendre » et surtout de « pouvoir mieux entendre » !

 

On a ainsi l’impression de se poser activement en médiateur, en passeur, d’agir sur la réception de l’oeuvre. Autrement dit, de reprendre de manière consciente la fonction première de l’interprète – lien entre l’oeuvre, le compositeur et le public – en réfléchissant activement aux outils de médiation vers le public.

 

Mais attention !

« Crise de la musique classique » : un formulation trompeuse

Selon moi parler d’une présumée « crise de la musique classique » est problématique. Car c’est une expression réductrice qui opacifie des phénomènes complexes sans en rendre compte.

 

Il faut avant tout démêler des enjeux parfois divergents et observer l’étau dans lequel la musique classique se trouve prise quand elle est réduite à un produit mercantile ou fait le jeu de récupérations multiples.

 

Dit de manière polémique, il ne me semble pas que Bach, Mozart, Beethoven ou Schoenberg aient à nous rendre des comptes et à s’expliquer, pas plus que Proust, Thomas Mann ou Joyce, d’ailleurs.

 

A y regarder de plus près, on se rend compte que « crise de la musique classique » contient une cascade de crises réelles, masquées, cachées et tues ; on fait souvent un amalgame.

 

Crise du marketing et du business de la musique,
voilà !
Il s’agit, en fait, de crise du marché de la musique classique, crise du public en tant que part de marché, crise du modèle du concert classique, crise de l’éducation à la musique classique, plus largement, crise de la transmission et de l’éducation par les humanités et, finalement, crise de la société démocratique.

 

La musique classique est alors le bouc-émissaire d’une situation bien plus large.

 

Et on lui demande de se racheter au nom d’une culpabilité provoquée par les ambiguïtés du marché : entre luxe et action sociale.

 

D’ailleurs sous le terme de « conquête de nouveaux publics », on peut aussi entendre une réaction devant l’effondrement du marché du disque à l’ère du numérique et à la baisse de fréquentation du public « traditionnel ».

 

Autrement dit, il s’agit de trouver une solution marketing, une opération commerciale pour séduire de nouveaux auditeurs-spectateurs-consommateurs.

 

On fait alors porter la responsabilité aux oeuvres et aux artistes.
Vous vous souvenez : le musicien classique ne serait pas assez divertissant, les oeuvres seraient bien trop longues… Au point que le fait de conjuguer logique de marché avec popularisation de la musique vient parfois affecter de manière pernicieuse l’intégrité même de la pratique artistique.

 

📺Lors d’émissions télévisées parfois, on présente – au nom d’une « démocratisation » de la musique classique – des oeuvres tronquées, on veut produire du « spectacle ». Mais, en fin de compte, c’est un avatar méconnaissable – musique classique taillée sur un lit de Procuste économique et démagogique – que l’on donne en partage. Mais au final, n’y a-t’il pas erreur sur la marchandise…

 

Drôle de calcul…

Ne tirez pas sur …le musicien classique ! 🙏

Je me demande d’ailleurs si le shaming du musicien classique ne serait pas l’autre face d’une même pièce avec le shaming du public.
Il est exaspérant d’entendre dire que le musicien classique n’est pas assez glamour, pas assez divertissant.

 

Et derrière des incitations à la « médiation » (encore une fois, louable !) se glisse parfois un message latent culpabilisant.

 

Lisez plutôt !

 

“si les musiciens classiques d’aujourd’hui ne font pas l’effort de la médiation pour faire vivre leur art, alors la musique classique risquerait fort de ne plus être un art «vivant». “

 

Mais si les salles de concert ne sont pas pleines, est ce donc (seulement?) la faute des musiciens classiques ?

 

Que dire de l’espace médiatique consacré à la musique classique et de la place de la musique dans l’éducation nationale ?

 

Et que dire des injonctions répétées d’investir l’espace de cross-over ?
Et ce, non par plaisir (ce qui me semble tout à fait légitime) mais comme pour « s’excuser »; dit de manière prosaïque, pour faire passer la pilule. 💊

 

Comme si la musique classique présentée telle quelle n’était pas « assez ».

 

Je me souviens d’un organisateur d’événements qui m’a contactée pour jouer lors d’un événement VIP. Il insistait pour que je joue des airs de pop ou de musique de film arrangés en classique.

 

Mais …pourquoi ?
Et d’ailleurs pourquoi faire appel à moi ?
Pourquoi ne pas inviter un groupe de variétés dont c’est la compétence ?

 

Ah mais il fallait le label « rouge » de la musique classique…Dans ces événements-là, trop souvent l’interprétation musicale ne joue qu’un rôle décoratif. La musique classique y est ambassadrice de la haute culture légitime, ambassadrice d’une forme de luxe que l’on achète, qui confère son standing à la soirée.

 

Quel paradoxe !

 

Cette allergie pour une forme de cross-over mercantile m’a d’ailleurs longtemps freinée dans un désir sincère d’ouverture. Heureusement que des rencontres magiques m’ont permis de franchir le pas.

 

 

J’ai ainsi pu m’aventurer vers le jazz swing et vers le fiddle. Quel plaisir !

 

Et je suis heureuse de voir que des professeurs passionnés et innovants offrent la possibilité à leurs élèves et leurs étudiants de s’ouvrir au violon au sens le plus large possible. Je pense aux journées du violon organisées au CRR de Paris par Stéphanie Moraly autour du fiddle notamment, journées animées par le brillant et fantaisiste Raphael Maillet.

 

Et cela fait du bien de penser que la communauté du violon réunit des univers plus larges.

 

fiddle, jazz, classique avec Raphael Maillet et Mathias Levy

 

Bref, Ouverture, Oui ! Mais cross-over pour se faire pardonner de jouer des pièces exigeantes, non !

Plaidoyer
Pourquoi nous avons besoin de musique classique ?

Pourquoi la musique classique ne serait-elle pas adaptée à l’air du temps ?

 

C’est, en réalité, qu’elle puise ses racines dans le temps long, temps de la maturation de l’artiste, temps long de l’apprentissage, temps long des oeuvres.

 

Elle véhicule des valeurs essentielles telles que le silence, la contemplation, la perception du son, l’imagination. Elle vit aussi de valeurs telles que héritage, autorité, hiérarchie – mots tabous tant ils sont taxés de conservatisme.
La musique classique, dans sa supposée inactualité, n’incarnerait-elle pas une alternative qu’il conviendrait d’explorer en profondeur ?

 

Il est vrai que, comme l’a démontré Bourdieu après 68, la musique classique incarne la domination bourgeoise.

 

Mais, « faut il brûler tous les pianos parce qu’ils vont bien dans les salons bourgeois ? » (in Bourdieu, La distinction, critique sociale du jugement. )

 

Autrement dit, la remise en cause formulée par Bourdieu était nécessaire et certainement salutaire, il s’agissait de dénoncer la « distinction » sociale qui s’opère autour de la musique classique, la puissance de ségrégation ; l’assimilation de la musique classique avec un Autrement dit, la remise en cause formulée par Bourdieu était nécessaire et certainement salutaire, il s’agissait de dénoncer la « distinction » sociale qui s’opère autour de la musique classique, la puissance de ségrégation ; l’assimilation de la musique classique avec un habitus de classe dominante.

 

Pour autant, cette dénonciation est liée à son contexte historique des années 70 et il peut sembler d’ailleurs ironique d’affirmer aujourd’hui de la musique classique qu’elle est la culture légitime, quand elle doit constamment justifier sa place dans notre société.

 

D’ailleurs ne serait-il pas temps d’en finir avec certains clichés tenaces ?

 

Certes dans certains grands festivals la politique tarifaire est affolante. Mais est-ce que le prix des places dans un stade ou dans un concert pop sont vraiment plus abordables que les prix d’une place à la maison de la Radio ou à la philharmonie de Paris?

 

D’autre part, l’ère du numérique offre de vraies possibilités pour l’accessibilité à la musique classique. Ne trouve t’on pas des ressources gratuites et illimitées sur Youtube ?

 

De plus, ne pourrait-on pas réactualiser l’image du musicien classique ? Les médias semblent toujours surpris de se rendre compte que les musiciens classiques peuvent être « cool », des personnes de leur temps.

 

Et au fond, s’arrêter à une vision sociologique, ne serait-ce pas réduire la musique classique à l’usage que l’on en fait ? Or c’est justement cet usage qui est à remettre en cause, et non, l’essence de la musique classique et des oeuvres.

 

Donc désacraliser les codes de la musique classique, oui ! Il est important d’enlever les obstacles culturels et socio-économiques qui viennent faire écran ; déconstruire ce que l’on pourrait appeler les shaming du public, qui ne sent pas à la hauteur, pas concerné et qui pensent que les musiciens classiques ne s’adressent pas à lui.

 

Continuer de réfléchir aux codes associés au concert classique, que ce soit dans le fait de favoriser l’interdisciplinarité ou de proposer des formats plus courts, de mener une réflexion sur la politique tarifaire ou sur la localisation des salles de concert. Enlever tout ce qui peut faire obstacle, barrières symboliques ou réelles.

 

Mais vouloir désacraliser la musique classique en tant que telle me semble être un malentendu.

Not for Profit : L’éducation à la musique

La « crise de la musique classique », disons-le, c’est avant tout la question de l’éducation au sens de droit à la culture pour tous. Principe de l’école républicaine, celle de la 3e République, s’entend.

 

Car cette mise en question des oeuvres et du patrimoine est symptomatique d’un phénomène plus large qui touche l’enseignement des arts et des humanités dans notre société. Logique de profit appliquée à tous les domaines et qui n’a au fond rien à voir avec l’essence des arts et des humanités. C’est ce que développe la philosophe américaine Martha Nussbaum dans son essai dans son essai Not for profit – Why democracy needs the humanities .

Ce livre défend ardemment la nécessité de la prise de conscience que les sociétés démocratiques qui ne soutiennent pas activement l’éducation des humanités et veulent faire plier l’éducation de la littérature ou de la musique classique à une logique de marché se coupent elles-mêmes les ailes.

 

Dans La musique classique a-t-elle un avenir ? Charles Rosen ne manque pas d’établir un lien direct entre éducation de la musique, baisse de la pratique musicale et décroissance du public.

 

« Si le public de la musique classique ne croît pas assez vite pour que cet art fasse de gros profits – en fait, il n’a jamais vraiment rapporté, ce n’est pas à cause du moindre intérêt pour la musique sérieuse, mais parce que bien moins d’enfants apprennent à jouer du piano. Apprendre la musique par les disques au lieu de la jouer a radicalement transformé notre perception de cet art. »

 

Au-delà d’une réflexion sociologique, c’est donc d’une philosophie de l’éducation, de l’émancipation, de la Bildung au sens de formation des êtres à l’échelle de la société dont la musique classique a besoin.

La musique comme expérience partagée 🌎

Mais, élargissons encore la perspective.
Face à la musique, nous ne sommes pas que des citoyens, nous ne sommes pas que des consommateurs, des gens pauvres ou riches, des bourgeois…nous sommes des êtres humains.

 

La musique classique est un des creusets dans lesquels les hommes s’exercent à façonner leur humanité, à la fortifier et à l’élever. Et c’est là que la musique classique, en dépit de – et justement – par son inactualité apparente, est essentielle.

 

Car elle nous parle et nous met en contact avec l’essentiel : nos filiations, nos héritages. C’est cet effort d’élévation que l’acte interprétatif et performatif est chargé de réactualiser en permanence, dans une action vitale, renouvelée, asymptotique.

 

Et si être un artiste engagé aujourd’hui, c’était développer une réflexion critique et responsable sur les formes du concert classique sans renier son intégrité et sans oublier l’essence de son art ? Cultiver la relation avec les êtres auxquels on s’adresse, faire du concert un moment « sacré », entre humains.

C’est ce qu’exprime le néologisme „reliance“, une notion portée dans un premier temps par le sociologue Marcel Bolle de Bal. Selon son acception première, c’est la „création de liens entre des acteurs sociaux séparés dont l’un au moins est une personne.“

 

Dans ce sens, réfléchir sur la médiation sans systématiquement céder à la tentation d’expliquer et de simplifier pour rendre accessible mais plutôt tenter de préparer les conditions du mystère, celui qui ne se perçoit que dans le silence de l’être et dans la résonance imprévisible et incontrôlable de l’instant éphémère du concert.

 

Plus que vouloir éduquer, il s’agit d’élever – de s’élever ensemble. Dans ses lettres sur la littérature, Walter Benjamin écrit dans Lettres sur la littérature :

« La conscience morale de l’humanité a surtout besoin de nourriture – et non de remède. »

 

Pour paraphraser Benjamin, on pourrait dire qu’il faut puiser dans les oeuvres de musique classique comme dans autant de nourritures spirituelles nécessaires à notre société et qu’elles n’ont pas à tenir lieu de remèdes. C’est, au fond, l’expérience intense de reliance au moment du concert qui constitue le véritable engagement :
expérience partagée avec des « solitudes acceptées » qui permet la connexion à soi et aux autres.

Reliance également de la pratique de chercheur qui crée des ponts et des liens à travers les époques et les cultures. Reliance, une notion si porteuse…
Comme le disait Edgar Morin dans un entretien avec Marcel Bolle de Bal,
« cette notion, j’en avais besoin ! »

 

Et bien, moi aussi !

 

Et Vendredi dernier, en jouant « a cappella » dans un théâtre devant 300 entrepreneurs , j’ai eu la preuve que la musique classique n’avait pas à s’excuser. Que l’acte de communion autour d’une prise de parole sonore qui vise à toucher l’âme a sa place et sa fonction profonde, primordiale. 🔥

 

Et qu’elle vise à du divertissement au sens le plus léger ou à un divertissement existentiel au sens pascalien du terme, en étant plus « sérieuse » et savante, la musique classique a une fonction essentielle dans notre « être-au-monde » et reste, dans notre société, une possibilité magique d’établir un lien mystérieux au-delà des mots.

 

Alors… vive la musique et la magie de l’expérience partagée !

 

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