#4 – La santé du musicien

#4 - La santé du musicien

Cette semaine, j’ai décidé d’ouvrir une sacrée boîte de Pandore. J’aimerais vous parler de la santé du musicien. 

Vaste sujet, légèrement anxiogène…😱mais pas que ! 😅

Alors, oui. On aime à dire que la musique adoucit les mœurs… mais pas forcément le corps des musiciens !

Vous me direz, la musique est rarement considérée comme une activité physique.

Et pourtant …

Le corps d’un musicien est extrêmement sollicité. Et de manière parfois assez …étrange. 

Et ce, dès le plus jeune âge. Je vous parle en connaissance de cause, j’ai commencé à jouer du violon un peu avant d’avoir 3 ans. 👧🏼

En fait, on pourrait même affirmer que le premier instrument avec et sur lequel on travaille est notre corps.

Alors, sans agiter tout de suite le spectre des cas extrêmes, de ce que la médecine appelle les troubles fonctionnels, j’aimerais partager avec vous les challenges auxquels les musiciens font face par rapport à leur corps et les leçons infinies qu’on peut en tirer – musicien ou pas…

 

Il faut dire aussi que cette thématique me tient à cœur.

Je l’ai rencontrée assez tard dans mes études et en début de carrière, avec des phases douloureuses lors de préparation de concours notamment, où je travaillais bien trop d’heures sans pause, et puis de manière récurrente en tant que professeur.

Pour approfondir le sujet, j’ai d’ailleurs suivi une formation lors de mes années berlinoises à la UdK, la grande université de musique et des arts située à Berlin-Ouest.

La formation était intitulée Musikphysiologie. Un mot un peu barbare qui permet simplement de rassembler toutes les manières d’étudier et de traiter l’économie des rapports entre corps et musique.

Cette formation était constituée de modules sur différentes thématiques allant du cours d’anatomie à des ateliers de QiGong. Passionnant et très instructif. 🤓

Le « corps en musique » … ce sujet essentiel dont on ne parle que trop rarement 📢

 Un peu comme la semaine dernière avec le « trac », le thème du corps des musiciens semble cristalliser des sentiments complexes et pas vraiment agréables tels que la culpabilité, la honte. 😳

Souvent en tant qu’étudiant et même professionnel, un certain tabou règne autour du thème qu’il serait pourtant tellement important d’aborder dès l’apprentissage.

Dommage que souvent il faille attendre que s’installent tendinites ou douleurs chroniques pour qu’on s’y intéresse et qu’on ose en parler.

Et souvent on se dit que si on a « mal », c’est qu’ « on l’a bien mérité ». Ah, le masochisme du musicien ! 😱 Et on a peur d’être « mal vu » ou en tout cas, on essaie de le cacher.

 

Alors, plutôt que de se replier dans cette attitude peu aidante, il me semble qu’une révolution des mentalités doit avoir lieu ou… se poursuivre !

Soyons optimistes !

En effet, de plus en plus de professeurs de musique sont sensibilisés à la thématique. On trouve de merveilleux « kinés » de musiciens. Et même certains orchestres comme la Deustche Kammerphilharmonie de Bremen avec laquelle j’ai eu la chance de collaborer en font une priorité collective.

 

Sans tout de suite médicaliser le musicien, on peut reconnaître assez objectivement (des études scientifiques ont été menées sur le sujet !) que les musiciens sont par leur pratique une population à risque.

Donc on a besoin de prises de conscience à titre individuel et collectif et d’un grand engagement pédagogique sur la question.

Bon, promis, je vous parle aussi de « bonnes nouvelles » un peu plus tard.

Le musicien, ce « sportif de haut-niveau » qui ne dit pas son nom 🏅🏋⚽️

Par bien des aspects, la pratique musicale relève d’une discipline sportive. Discipline à tous les sens du terme.

Car souvent, il est important d’installer une vraie hygiène dans la pratique de son instrument.

 

Allant de l’échauffement, à la manière de travailler, à des mouvements d’étirement en fin de session de travail sans parler de l’aspect de préparation mentale et physique que nécessite un concert.

 

Finalement on peut se demander pourquoi les musiciens ne disposent pas systématiquement de préparateurs physiques.

Heureux les footballeurs qui ont des kinés attitrés et qui se font masser le lendemain des jours de compétition dans des séances de récupération et de « décrassage » !

Je ne cesserai de le dire : nous avons beaucoup à apprendre des footballeurs…en général ! 😉

Quel est le point commun entre un violoniste et un coiffeur ? 💇🏻🎻🦄

Non, ne me dites pas les crins de la mèche de l’archet ni la queue de cheval !

Enfin, cela ne serait pas faux … les crins sont bien issus de queues de cheval – mais au sens propre ! 🐴

Gestes répétitifs et posture

Aussi bien le violoniste que le coiffeur exécutent des gestes répétitifs qui ont malheureusement en commun d’être asymétriques. 

La station debout et les gestes de coupe répétitifs, asymétriques et effectués à bout de bras du coiffeur sont à l’origine de problèmes articulatoires (tendinites) aux épaules et/ou aux coudes. Donc, violoniste et coiffeur, même combat !

Cela dit, les autres instrumentistes ne sont pas en reste. Le pianiste a un sacré challenge avec la position assise, de même le musicien d’orchestre qui ne dispose pas toujours de chaise ergonomique
Enfin… les geeks aussi connaissent la thématique ! Entre chaise d’ordinateur et syndrome du canal carpien avec la souris 🖱😱

Souvent si la posture à l’instrument n’est pas étudiée et corrigée avec minutie, des déséquilibres articulaires et musculaires s’installent et paradoxalement se compensent. Ce qui pourrait sembler être une bonne chose, dans un premier temps.

 

Le corps est intelligent, il veut fonctionner malgré tout.

Et c’est ce qui se passe souvent avec des enfants très doués.

Mais parfois ce sont justement ces phénomènes de compensations subtiles qui font parfois passer à côté de défauts de posture toxiques à moyen ou long terme et qui font qu’un jour le système craque soudainement.

 

Beaucoup de musiciens ont un « tennis ou golf elbow » chronique, ce coude qui est tout le temps utilisé en flexion comme chez les tennismen ou les golfeurs. 🏓🏌

Des articulations sous-utilisées et d’autres, non prévues pour certains gestes, sur-utilisés… des bombes à retardement 💣

Des arts-martiaux… au mille-pattes   🐼🐛

Jouer d’un instrument demande des compétences qu’on retrouve dans les arts martiaux. Coordination et vitesse d’exécution ou bien la synchronisation de mouvements d’une complexité parfois inouie.

Dont il vaut parfois mieux ne pas (totalement) avoir conscience ! Car après on ne peut plus avancer.

Parfois on réussit un geste de manière si organique qu’à trop vouloir l’analyser on n’y arrive plus.

Le pianiste Daniel Barenboim décrit ce phénomène de prise de conscience quasi handicapante qui se produisit pour lui au passage d’enfant prodige à l’âge adulte en utilisant une métaphore assez amusante et très parlante.

Celle du mille-pattes qui subitement se demanderait comment finalement bouge sa dernière patte.

Fatal…

Bon, vous l’aurez compris, la santé du musicien est un vaste sujet. Il me reste plein d’aspects à explorer et à partager avec vous.

 

Avant de vous retrouver la semaine prochaine, j’aimerais ajouter une note positive.

Il existe en effet plein de techniques de prévention car le but, c’est quand même de faire :

une musica sana … in corpore sano !

Pour cela il existe une multitude de méthodes passionnantes qui peuvent contribuer à entretenir ou à développer sa conscience corporelle. J’aimerais citer dans le désordre des méthodes telles que le Tai-Chi, Pilates, Yoga, Feldenkrais, la technique Alexander et – ma dernière découverte -, l’Antigym !

J’ai hâte de vous en parler !

 

D’ici là, avant de partir, je vous pose une question à 1000 euros pour les nerds d’anatomie et autre musicien :

Savez vous d’où part votre pouce ?

Je vous assure que la réponse est hyper importante que ce soit pour les pianistes, les violonistes ou autres ‼️

🎬

#unevieenviolon #alifewithaviolin

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La suite la semaine prochaine 🤓

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