#19 – S’inspirer des aînés

#19 - S’inspirer des aînés
Une histoire d’hommage, d’héritage et de ...grand-frère 🎻📻

Cette semaine je vous propose un numéro spécial où je vous raconte les coulisses de l’entretien que j’ai eu le bonheur de mener avec Frédéric Lodéon.

 

Car, oui – j’ai interviewé Frédéric Lodéon !

 

Dans ce numéro, ce dont je vous parle en ligne de fond, c’est de l’importance des « grands frères et des grandes soeurs d’âme ».
Ceux qui vous accompagnent de leur regard bienveillant tout au long de votre chemin et qui vous inspirent en ouvrant la route à des possibles,
Ceux qui vous encouragent et vous donnent confiance.

 

Comme l’écrit si bien Newton dans une lettre où il explique que son travail s’appuie sur le travail de ses prédécesseurs ,
« si j’ai pu voir aussi loin, c’est parce que j’étais juché sur les épaules de géants».

 

Nous avons tous besoin des épaules de nos aînés.

 

Eh bien,
les épaules de Frédéric sont larges !

Reprenons !

Qui ne connait pas Frédéric Lodéon?

 

 

Frédéric,

  • c’est bien sûr une voix – celle de « Mr Musique classique » sur France Inter pendant des années et toujours présentateur-phare sur France Musique. Il est présent dans le cœur d’un public fidèle immense !
    Pendant l’interview, régulièrement des auditeurs sont venus le saluer et le remercier !
  • c’était aussi le co-présentateur des Victoires de la musique durant les 17 dernières années – impressionnant !

    C’est la première année qu’il ne sera pas aux manettes de l’émission. Ce sera un duo 100% féminin : Judith Chaine et Leila Kaddour.

 

 

Mais Frédéric,

  • c’est aussi et avant tout un musicien exceptionnel.
    J’y reviens dans un instant !

 

La musique classique dans les médias…
une histoire compliquée, encore et toujours !

 

Au moment où la diffusion de quelques émissions récentes (« Le Grand Echiquier » nouvelle formule, « Prodiges », « Fauteuils d’orchestre ») recueille des avis plus que mitigés parmi les collègues et que les critiques fusent sur la série télé diffusée sur France 2 – Philharmonia (dans laquelle Frédéric fait d’ailleurs une brève apparition…dans son rôle !)

 

 

on se dit que « la musique classique à la télé » est vouée à être une é-mission impossible !

 

 

Au-delà des critiques, c’est l’expression d’une réelle déception face à autant d’occasions manquées.

 

 

La musique classique serait-elle touchée par une malédiction cathodique insurmontable ?
Et on se dit à chaque fois que tout serait à inventer.

 

De même, le média que j’adore

 

 

La radio se pose constamment des questions, notamment celle de la démocratisation : Comment rendre la musique classique accessible ? Quels formats? Et quel ton pour donner envie, pour conquérir le public ?

 

Je vous en parlais déjà dans la musique classique en procès.

 

Sur la même longueur d’…Ondes

Mais, en parlant avec Frédéric Lodéon, on se dit que

  • cela fait longtemps que la musique classique est taxée d’élitisme, même à une époque que l’on pensait « dorée » vue depuis 2019
    « J’ai toujours entendu ça ! » me confiera-t-il !
  • et que, pourtant, des gens des média ont su trouver le moyen et la force de conviction d’imposer des standards d’une qualité incroyable tout en innovant sur les formats (d’une manière étonnante !!)
    Je vous parlerai notamment de l’émission de Mars 1976 du Grand Echiquier, dont Frédéric, alors jeune violoncelliste plus que prometteur avait écrit le conducteur !

Revenons donc à…
Lodéon

C’est parti…
Plantons le décor

Un Mercredi soir. mi-Janvier. Paris sous la pluie.
Je marche vers les Ondes, l’incontournable QG des gens de Radio France. Je traverse le pont de Grenelle, en apercevant au loin la Maison de la Radio. La Tour Eiffel dans la brume scintille.

 

Je suis assez nerveuse, en fait. Comme avant un premier rendez-vous. Je vais retrouver Frédéric Lodéon pour une interview !

 

C’est un peu un comble… car Frédéric, je le connais bien. Normalement, les interviews c’est lui qui les fait.

 

C’est ma première fois dans ce rôle et il n’est pas aisé d’interviewer quelqu’un que l’on connait, il y a de la pudeur, la peur de poser des questions gênantes, et pourtant j’ai tellement de choses à lui demander…Par où commencer ? Aura-t-il envie de se raconter ?

 

Pour conjurer ma fébrilité, j’arrive à l’avance en espérant trouver un endroit calme, un coin pour enregistrer ses paroles loin du passage constant de cet endroit qui ne désemplit pas.

 

J’attends Mr Lodéon. Les serveurs me disent qu’il n’est pas encore arrivé. Il se mettra au comptoir sans doute.

 

Cela va être compliqué…

 

Quelques instants après, je devine Frédéric traversant la rue. Un monsieur portant une sacoche avec un long imperméable, ses cheveux frisés en vrac et ses lunettes – une silhouette reconnaissable entre toutes.

 

Il arrive, salue tout le monde. C’est un habitué.

 

D’ailleurs quand je lui ai demandé par écrit « Où se retrouve-t-on? », il n’a manqué de me répondre : « Aux Ondes, bien évidemment ! ». Je m’en doutais.

 

A mon grand soulagement, il demande aussitôt au serveur de nous trouver un endroit tranquille. On s’assied au fond à droite. C’est moi qui suis assise sur le divan, galanterie oblige.

 

On commande un verre : en manque d’inspiration, je demande un kir. Il commande un Coca light.

 

Et c’est parti pour plus de trois heures et demi de conversation, de récit, d’anecdotes. A bâtons rompus. Je ne vois pas le temps passer, j’oublie mon estomac qui criait pourtant famine en début de soirée.

 

Je grille un cahier que je barbouille de notes et lance régulièrement des regards inquiets vers mon téléphone avec lequel j’enregistre – faites qu’il ne me trahisse pas ! Impossible de tout noter et mémoriser.

 

Car le flot est intense, on passe du coq à l’âne et les anecdotes sont, tour à tour, croustillantes, touchantes, inattendues, parfois – passionnantes, toujours.

Revenons quelque temps en arrière, à la genèse de cette interview

En Novembre 2018 a lieu le concert-hommage à Daria Hovora au CNSMDP. Un an auparavant, le 9 Novembre 2017 Daria, âgée de 70 ans nous a quittés.

 

 

Daria était une pianiste, professeur de musique de chambre au CNSMDP. Une musicienne merveilleuse, une femme incroyable. Indépendante, inclassable, hors normes.

 

Haute comme trois pommes, Daria avait un charisme renversant. Elle a joué avec tant de musiciens dont le violoncelliste Mischa Maisky et le violoniste Ivry Gitlis et a accompagné tant de étudiants-musiciens dans leur parcours au CNSMDP.

 

Lors de cette soirée hommage mise en place par une amie, ancienne élève et proche de Daria, la violoniste Arielle Gill, c’est Frédéric qui parle, raconte, présente les œuvres.
Je suis touchée de faire partie de la programmation.
Daria a beaucoup compté pour moi.

 

Nous jouons le premier mouvement du quintette de Brahms avec une équipe d’anciens élèves et de proches de Daria, notamment le merveilleux Adam Laloum au piano et l’altiste Gérard Caussé, que l’on ne présente pas.

Tout un monde …si lointain et si proche

Au début de la soirée sont diffusées des photos et des images d’archives INA.
Daria est saisissante de beauté. Avec un bandeau dans les cheveux, une vision de Brigitte Bardot jeune…c’est dire !

 

Je réalise que parfois, on connait si peu les gens qui nous entourent. Un peu comme quand à une réunion de famille, un oncle ou une tante sort un album-photo. Et vous réalisez que oui, vos parents et vos grand-parents ont été jeunes et fringants…!

 

Cette émotion du temps qui passe et des générations qui ne se rencontrent que de manière asynchrone.

 

Je suis déjà très émue, lorsque soudain est diffusé un extrait de pièces de Schumann avec Daria au piano et Frédéric au violoncelle. Et là, c’est le choc ! Impossible de se retenir. Les larmes coulent à flot.

 

Pourtant je savais le violoncelliste fantastique qu’il avait été, j’avais bien sûr entendu ses disques en trio avec Augustin Dumay et Jean-Philippe Collard.

 

 

Je savais aussi que Frédéric et Daria avaient beaucoup joué ensemble et qu’ils avaient été partenaires à la vie comme à la scène comme on dit. Je connais d’ailleurs Serge, leur fils.

Mais quelle émotion de les voir jouer ensemble. Et quel choc de voir Frédéric au violoncelle. Ses mains immenses, son naturel, sa sensibilité musicale à fleur de peau.

 

 

C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que, même si je connaissais sa voix depuis toujours, que je le croisais régulièrement depuis presque quinze ans lors d’émissions de radio,que j’avais joué sous sa direction à plusieurs reprises (Festivals à Reims et à Sully-sur-Loire), que Daria m’en avait parlé maintes fois (Frédo!) et donc que c’était « la famille » comme elle disait, je ne connaissais presque rien de la vie de Frédéric. Ou en tout cas, pas assez.

 

Mais que faire de cette curiosité profonde attisée par cette vidéo, document d’archive – « madeleine » par anticipation ?

 

Je ne savais pas…et puis, d’un coup – j’ai eu une idée simple.
Je me suis dit qu’il fallait que je lui pose toutes ces questions…
Vous savez, dans l’esprit de « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur… » 😉

 

Dans un élan d’audace, je me suis lancée et je lui ai donc demandé…

Et nous voici aux Ondes, moi – avec un stylo, un cahier, mon téléphone et mon kir, lui avec un coca light et sa verve !

Une voix, un homme, un parcours

Bien sûr, Frédéric – c’est une présence, une voix qui résonne en fin d’après-midi dans les foyers, une bonhomie, un enthousiasme communicatif : un cœur gros comme ça.

 

C’est aussi un sens de l’anecdote, une verve incroyable, l’homme est intarissable !

 

Et une force de la nature : tout au long de l’interview je suis hypnotisée par ses mains immenses, celles d’un grand violoncelliste.

 

Comment dissocier l’homme de son tempérament, le musicien et l’homme des média ?

 

Car Frédéric est humain, profondément humain.

 

Avec sa bonhomie et sa gentillesse, il y a aussi des parts d’ombre qu’il évoque avec humour et autodérision.

Il se qualifie de « petit con » étant plus jeune, un violoncelliste talentueux qui était si sûr de lui et de ses moyens !

Il raconte une gueulantejustifiée !, poussée avec un coup de trop dans le nez où il dit ses quatre vérités à un directeur d’antenne.

Il y a aussi les ennemis. Car régulièrement on entend les détracteurs du style Lodéon. Mais Frédéric résiste ! Faut-il rappeler la résonance que Frédéric trouve auprès de son public qui lui exprime un soutien inconditionnel ?

 

Et on voit aussi un bourreau de travail. Lorsque je le retrouve aux Ondes, il vient juste de terminer le conducteur de l’émission du lendemain. Il n’arrête pas, son érudition et sa faconde sont constamment alimentées.

Un parcours de vie incroyable

Tout au long de l’entretien, des anecdotes fantastiques se succèdent :

  • une lettre à Maître Navarra lorsqu’il a 14 ans,
  • des mentors aussi « inspirants » qu’impitoyables : Rostropovitch et Jacques Chancel,
  • ses premiers passages mémorables au « Grand Echiquier »,
  • un véritable western politique autour de ses émissions à la télé et à la radio,
  • les interventions du public, présence constante et fidèle

L’humain au centre

Car Frédéric, c’est aussi un style et des valeurs. “ mettre l’humain au centre” voilà sa devise.

 

Et quand il le dit, cela ne sonne pas comme un concept abstrait ou une déclaration d’intention galvaudée.

 

👉Entre parenthèses, je vous recommande ce brillant article sur le « Human washing »
https://medium.com/the-spin-notes/humanwash-759f4c16e1fb

Pour Frédéric, c’est une manière d’être et une manière de communiquer sur la musique.
Un « naturel » qui le caractérise depuis ses débuts.
Rendre les compositeurs humains pour s’adresser à un public…tout aussi humain.

 

📻🎂🍾
Je suis ressortie émue et galvanisée de cet échange.

 

Allons parler avec les aînés ! Les grands frères, grandes soeurs d’élection !
Nous avons tant à partager, tant à apprendre.

 

Hasard heureux des calendriers : c’était l’anniversaire de Frédéric Samedi dernier.

 

Alors, encore Joyeux anniversaire, Frédéric !
mon « grand-frère en musique et en radio » comme il me l’a si joliment écrit !

 

J’ai hâte de partager avec vous l’entretien lors du prochain numéro !

 

🎬

 

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