#28 - Les festivals d’été
Une histoire de concerts, de public et d’...utopie ! 🎶⭐️

Alors que nous sommes déjà presque tous dans une dynamique de “rentrée”, j’ai envie de suspendre le temps encore un peu ; prendre encore une petite respiration estivale avant de se lancer à fond dans la nouvelle saison. Aujourd’hui je vous raconte quelques impressions autour des festivals d’été.

 

Nul besoin de préciser que l’été est la saison par excellence des festivals. Et les festivals d’été, c’est la promesse d’une expérience intense aussi bien pour le public que pour les musiciens !

 

Après tout, logique – festival, cela vient bien de fête, de festivité !

Il existe toute sorte de festivals de musique classique.

Souvent c’est l’occasion de faire vivre une thématique, de fêter une personnalité, un compositeur, un type de musique, de mettre en valeur un lieu, de proposer une programmation particulière. Il en existe de toutes sortes : certains festivals sont en un week-end, d’autres étalés sur plusieurs jours, plusieurs semaines. Parfois, on peut y entendre plusieurs concerts par jour, matin, midi, soir…même la nuit !
On y joue en plein air, dans des salles de concert, dans des églises ou dans des lieux insolites…Le focus est mis sur la musique de chambre, le piano, l’opéra…Bref ! On trouve toutes les formules et il y en a pour tous les goûts. Et aussi tous les budgets. 😉

 

Cet été j’ai eu la chance de faire escale dans de superbes festivals, tous très différents et de tailles variées ; de petites structures et de très grosses machines.

Le festival de Verbier

A Verbier, en Suisse, tous les ingrédients sont réunis : un lieu magique dans les montagnes, un plateau de stars très glamour 😎, des moyens financiers conséquents… deux voire trois orchestres en résidence : le VFO (Verbier Festival orchestra), VFCO (l’orchestre de chambre du festival) et le VFJO, un extraordinaire orchestre de jeunes.

 

Le VFJO en répétition avec le chef James Gaffigan !

 

Des lieux différents : salle des Combins, l’église de Verbier et autres lieux plus insolites.
Bref, en endroit magique où les festivaliers peuvent passer du bon temps la journée : aller se promener, faire des randonnées, manger de la raclette.

 

 

Ou aller écouter les classes ouvertes de l’Académie qui accueille des jeunes musiciens en début de carrière, très talentueux et prometteurs. J’ai d’ailleurs eu la chance de participer à l’Académie plusieurs fois, il y a déjà plus de quinze ans ! Et c’est là que j’ai rencontré Ida Haendel, Joseph Silverstein ou ma professeur Ana Chumachenco. Cette année j’étais du côté des coachs pour les Académiciens, je documentais les activités de l’Académie pour un projet de podcast.

 

Un super jeune quatuor francais : le Quatuor Agate !

 

Certains grands festivals développent des actions pédagogiques autour des concerts. Cela crée des conditions très stimulantes pour les jeunes artistes qui peuvent côtoyer des artistes plus confirmés et donc …s’inspirer des étoiles ! Et cela est très intéressant pour le public qui peut ainsi jeter un regard sur les cuisines, la “fabrique” d’un musicien, en assistant quotidiennement aux masterclasses.

 

En Suisse, il existe de nombreux « grands festivals » historiques, avec des plateaux très prestigieux. Par exemple, le Festival de Gstaad ou le festival de Lucerne qui accueillent de grosses phalanges orchestrales. Ces festivals portent souvent une longue tradition autour de personnalités artistiques majeures du XXe siècle. A Gstaad, c’est Lord Yehudi Menuhin. A Lucerne, des chefs d’orchestre comme Toscanini !

 

En France, il y a le grand festival d’Aix-en-Provence, largement axé sur l’opéra. Mais en fait, si on regarde bien, il y a pléthore de festivals en France !
En tant que spectatrice, je suis passée rapidement à La Roque d’Anthéron, festival culte pour tout amateur de piano (et de cigales !) qui se respecte.

 

 

J’ai eu aussi la chance d’écouter un très beau concert avec l’Orchestre de l’Opéra de Rouen et le violoncelliste Victor Julien-Laferrière (fantastique !) aux Musicales de Normandie – à la Chapelle Corneille.

 

 

Un superbe lieu dans une ville non moins superbe (Rouen – ma découverte de l’été).

Récital solo aux Flâneries Musicales de Reims

En début d’été, je suis passée aux Flâneries Musicales de Reims. C’est un festival où j’ai fait mes débuts avec orchestre dans plusieurs grands concertos : le Mendelssohn, le Tchaikovsky (concert capté par France Musique à l’époque – niveau de stress maximal !), le Bruch nr.1 et tant de programmes de récitals et de musique de chambre. Cette fois-ci, c’était en solo dans mon programme Violon+. Le lieu était sublime, une petite église à l’acoustique idéale.

 

 

En tant qu’artiste de passage, on développe des attaches presque sentimentales avec un tel festival. On connait tous les membres l’équipe, de l’accueil à la régie en passant par la comm’ ou même les tourneurs de pages. Ils nous voient littéralement grandir. Et chaque année on retrouve des personnes du public qui suivent. Ce ne sont pas des “dates” comme les autres. Cela rend l’expérience si chaleureuse.

Résidence avec Magnus Lindberg au festival de Montpellier

Ensuite je suis retournée au Festival de Montpellier. C’est un gros festival avec beaucoup de concerts et des grosses productions. La thématique était la Baltique. Nous étions en résidence avec Florent Boffard et Anssi Karttunen autour du compositeur finlandais Magnus Lindberg. Nous avions deux concerts, deux jours de suite : l’occasion de rester un peu sur place et de répéter intensément, même en période de canicule… alors que la clim’ ne fonctionnait pas le jour J, le plus chaud ! Ah, la joie des répétitions d’été où la sueur fait se décoller le violon sous la mentonnière. Car oui, nous ne sommes pas les seuls à souffrir des changements climatiques; les instruments aussi…
Mais quelle joie de créer une œuvre et de jouer avec de tels musiciens.

 

Ici dans le 2e trio de Brahms avec Florent Boffard et Anssi Karttunen

La convivialité

Ce qu’il y a de merveilleux dans ces festivals, c’est que cela donne l’occasion de moments privilégiés. Le temps est parfois très rapide mais quand on reste deux jours voire trois d’affilée, on a le temps de poursuivre des conversations plus personnelles ou d’approfondir des réflexions artistiques. Et partager quelques bons repas !

 

Ensuite, je suis aussi passée dans des festivals plus familiaux et tellement chaleureux !
Je dois dire que souvent les festivals de taille plus réduite rivalisent d’hospitalité et de convivialité.
Et puis rien de tel que de retrouver des amis pour faire de la bonne musique.

 

Fine équipe pour Till Eulenspiegel de Strauss et pour le Septuor de Beethoven

 

Quand en plus, les lieux sont sublimes. Par exemple, à Cordes-sur-Ciel qui est un village magnifique ou à Villevieille – idem.

 

En récital avec Abdel Rahman El Bacha à Villevieille

Les “surprises” et autres bémols

Alors, oui, il y a aussi parfois quelques bémols.
Parfois, les lieux ne sont pas à 100% adaptés, les acoustiques pas optimales. Il y a aussi les cas de plein-air, que je refuse souvent de pratiquer (pour des raisons de santé de mon violon !).
Il y a aussi la canicule qui rend les longues heures de répétition et les nombreux déplacements fastidieux. Et on traine souvent sa lourde valise, pleine de tenues de concerts et de vêtements adaptés à différentes températures !!
Choc climatique entre Verbier et Montpellier !

 

 

Parfois aussi, quand les lieux ne sont pas habituellement des lieux de concert, on peut avoir quelques surprises. Pas de salle pour se changer, pas de loge, pas de miroir. Et plus problématique, pas de toilettes à proximité… très embêtant. 😅

 

et puis, artistiquement, c’est souvent un “pari” car tout le monde est en déplacement et donc – il y a peu de temps de répétition disponible. C’est bien sûr l’avantage de jouer avec des groupes déjà formés ou d’anticiper beaucoup les séances de répétition.
On est souvent hors de sa zone de confort par rapport aux concerts programmés dans une série dans l’année.
Donc, il faut avoir le coeur et les nerfs bien accrochés.

Pour l’amour du risque !

Mais in fine, malgré cela, ou grâce à cela (?) – nous, musiciens, sommes tous un peu accros aux challenges et montées d’adrénaline, cela génère des moments absolument magiques.

 

C’est le grand chef Leonard Bernstein qui disait :

 

“Pour accomplir de grandes choses, on a besoin de deux choses : un plan et pas tout à fait assez de temps !”

 

 

Alors, on réalise l’impossible, on joue des programmes fous en créant un esprit d’équipe où l’on “survit” ensemble sur scène. On enchaine une quantité parfois énorme de répertoire différent, allant d’un récital solo à un concert en septuor, en trio, en soliste avec orchestre ! On passe du coq à l’âne. Mais quelle satisfaction après !

Des publics et des lieux qui donnent des ailes

Il y a aussi un contact si direct avec le public, une proximité qui porte et donne des ailes. Et quand on a des amis de passage dans la région qui viennent écouter, c’est “cadeau”.

Et puis, il y a des lieux magiques qui inspirent. Par exemple, pour moi, cet été j’ai été émerveillée par la découverte du festival de Villevieille. C’est sans doute la plus acoustique de plein-air que je connaisse. La scène est protégée par les murs de la cour du château.

 

 

Et puis, jouer sous un ciel étoilé, cela donne une dimension tellement poétique au concert.

Une logistique impressionnante 🙏

Pour finir, j’aimerais faire une petite déclaration à toutes ces personnes qui rendent les festivals possibles, qui sont du côté de l’organisation, les équipe de bénévoles. Certains festivals font littéralement des miracles, avec des budgets très réduits. On n’imagine pas toujours ce que cela nécessite – de petites et grandes actions : une logistique impressionnante parfois avec très peu de moyens.
Cela va de l’accueil : aller chercher les musiciens à la gare, les amener à l’ hôtel, les faire manger bien si possible (oui, un musicien qui ne mange pas bien, ne joue pas bien !), les faire boire (pas trop, mais suffisamment). Merci à toutes ces personnes plus adorables les unes que les autres et prêtes à se mettre en quatre pour nous offrir les conditions propices à un beau concert !

J’ai été impressionnée par la force de vision de chaque festival, d’autant que faire un festival de musique classique de nos jours relève souvent de l’utopie !
BRAVO à tous !👏

 

Alors, soutenons tous ces festivals qui nous offrent des moments d’échange précieux, en tant que musicien ou spectateur. Cela crée du lien dont nous avons besoin, n’est-ce pas ?
Et gardons ces belles impressions lors de la « reprise » de la saison !

 

J’espère que vous avez tous passé un bel été. Peut-être en sillonnant aussi les festivals ?

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