#23 – Une vie de soliste

#23 - Une vie de soliste
Une histoire de jetlag, de chef d’orchestre et de…guacamole ✈️🎼🌮

Cette semaine j’ai envie de vous parler de mon séjour à Bogota. J’ai été invitée à jouer avec l’Orchestre National de Colombie – l’Orquesta Sinfonica Nacional de Colombia.

 

Au programme, Introduction et Rondo Capriccioso de Saint-Saens et Tzigane de Ravel : mes pièces favorites du répertoire français de violon avec orchestre.
A la baguette, l’excellent chef d’orchestre vénézuélien Joshua dos Santos.

 

 

Le concert avait lieu dans le magnifique Teatro Colon de Bogota, une réplique du fameux théâtre du même nom à Buenos Aires.

 

C’était ma première fois en Colombie.

 

Le séjour fût passionnant. Plein de choses à vous raconter : de la ville géniale aux rencontres extraordinaires en passant par des conversations politiques éclairantes. D’ailleurs au moment de mon séjour, impossible de ne pas penser au contexte si tendu politiquement par la situation dramatique et brûlante au Vénézuela, pays frontalier de la Colombie. Le jour de mon arrivée, le président autoproclamé Guaido se réunissait à Bogota justement avec le président colombien et le président mexicain.

 

Mais avant cela, ce que j’aimerais partager avec vous, ce sont les coulisses de ce type de concert en soliste. J’aimerais vous raconter des aspects dont on ne parle pas souvent. Je vous avais déjà parlé des voyages du musicien lors de précédents articles.

 

 

Nous en étions restés à l’épreuve de l’aéroport. Vous vous souvenez de l’escape-game ?

 

 

Mais que se passe-t-il une fois arrivé à destination ?

 

Là encore, une succession de moments, parfois d’épreuves, en tout cas, un sacré déroulé.
Après la lecture de cet article, vous ne vous direz plus jamais que voyager pour donner un concert en soliste avec orchestre, c’est un peu être en vacances ! 😄

 

Au menu,
10 moments de la vie de soliste

  • 1. Arrivée à l’aéroport
  • 2. Rencontre avec le chef d’orchestre
  • 3. Répétitions avec orchestre
  • 4. Les interviews et temps libre
  • 5. Le jour du concert
  • 6. L’avant-concert
  • 7. Bis (or not…)
  • 8. Après avoir joué – la séance d’autographes
  • 9. L’après-concert
  • 10. Retour

#1. Arrivée à l’aéroport

Reprenons !

 

Avec un peu de chance, on vient chercher le soliste à l’aéroport.
Arrivée à Bogota, après un long vol avec connexion à Madrid, je suis soulagée d’apercevoir la pancarte : Maestra Marina Chiche.

 

Le chauffeur est un peu dubitatif en me voyant. Je suis en lunettes, baskets, les cheveux un peu ébouriffés. Normal après un vol de plus de 10 heures, non ? J’ai subtilement lutté pour poser mon bras sur l’accoudoir avec la personne assise à côté de moi , et surtout j’ai essayé de placer mes jambes de manière presque supportable (non, pas de business class cette fois). J’ai aussi sans doute regardé quelques films de trop. J’ai donc les yeux gonflés de sommeil.

 

Souvent la personne qui vient nous chercher ne nous connait que par nos photos promotionnelles avec maquillage, brushing et tenue de scène. Il est vrai qu’il faut alors un peu d’imagination…😅 Heureusement qu’il y a la boite de violon !

 

Me voilà installée dans la voiture. En route. J’adore ces moments où l’on découvre un pays pour la première fois. Dès les premiers instants, on prend la « température » et on se forme une image, même si les abords des aéroports sont souvent sordides.

 

Fascinant tout ce que l’on capte : comment les gens conduisent, la végétation, l’état des voitures, des bus, des transports en commun, le climat, la musique diffusée sur la radio de la voiture…

 

En fait, le processus commence bien avant, dès l’embarquement dans l’avion. On est dépaysé par la langue des passagers, les codes de conduite. Plus tard, le passage au contrôle de sécurité et vérification des passeports. Puis les pancartes à l’aéroport, les uniformes des agents de douane.

 

to sleep or not to sleep
Une fois arrivée à l’hôtel, quand rien d’officiel n’est prévu, le premier dilemme qui se pose, c’est le déroulement de la 1ère soirée et la gestion du jetlag.
Autrement dit, dormir pour récupérer du vol ou se forcer à tenir jusqu’au soir, pour se « caler » dans la nouvelle zone horaire.
⚠️ Il est toujours très dangereux de céder à la tentation de la sieste.

#2.Rencontre avec le chef d’orchestre

Un des premiers rendez-vous du planning du soliste est souvent la rencontre avec le chef d’orchestre.
Souvent assez informelle, cette rencontre permet de faire connaissance, si on ne se connait pas encore et de créer les bases de la collaboration musicale. Il s’agit de se mettre d’accord autour de la partition : choix de tempi, décisions pour certains « coins », les “virages” de l’œuvre. Souvent on joue soit la pièce en entier soit on isole des passages un peu plus problématiques, repérés par expérience.

 

 

Pendant que je joue les œuvres au violon, Joshua bat la mesure. Ce moment ressemble sans doute à la lecture d’un script à la table par des acteurs.
Je joue – seule – et il dirige « dans le vide ». Cela pourrait paraitre assez absurde vu de l’extérieur. Un peu comme de l’« air guitar ».

https://www.youtube.com/embed/R1dW8M4EqYY

Oui, j’ai choisi Bradley Cooper…

 

Ici on prend bien conscience du paradoxe du chef d’orchestre : à la fois la vanité de son rôle et son importance absolue. Le chef d’orchestre ne produit effectivement pas de son par lui-même (même si certains chantonnent ou produisent des bruits gutturaux incontrôlés ! mais ca, c’est une autre histoire 😉).
Pourtant lors de ce genre de session, on réalise tout de suite si on n’est pas d’accord ou si quelque chose n’est pas clair dans la compréhension mutuelle. Fascinant !

 

Le rôle d’accompagnateur pour un chef est un art particulièrement délicat. On pense souvent que le grand chef d’orchestre sera reconnu dans la symphonie qu’il dirigera seul. Mais l’art d’accompagner ou de suivre un soliste demande des qualités incroyables d’empathie, d’anticipation musicale et de réactivité technique. Non seulement il s’agit pour le chef d’arriver à prévoir ce que le soliste induit dans son interprétation (en espérant que la proposition est suffisamment « organique », logique ou, au moins, cohérente) mais aussi d’arriver à le transmettre aussitôt par une gestuelle claire et facilement lisible aux musiciens d’orchestre.

 

Dans certaines œuvres, accompagner un soliste instrumental n’est pas forcément plus simple que de suivre un chanteur à l’Opéra. Un grand spécialiste du genre est le grand chef indien Zubin Mehta. Parfois la main placée sur la hanche gauche, il se tourne vers le soliste.

 

 

J’ai d’ailleurs eu l’occasion de prendre conscience de la difficulté de l’exercice lors de l’académie de direction à Pärnu, Estonie dans le festival de Paavo Järvi. Paavo m’avait invitée à jouer le concerto de Tchaikovsky. Lors des sessions de cours pour les jeunes chefs, tour à tour Paavo Järvi, Neeme Järvi ou Leonid Grin venaient interrompre les chefs et leur donner des conseils. Parfois, ils prenaient le relai et montraient aux élèves comment faire.

 

 

Rien que par le regard Paavo arrivait à influencer la transmission d’informations à l’orchestre.

 

 

La qualité d’interaction entre soliste et chef d’orchestre est un vaste sujet. On peut citer quelques cas célèbres avec le modelage tel un Pygmalion d’Anne-Sophie Mutter, alors jeune violoniste par le chef allemand Herbert von Karajan. A l’opposé, la collaboration entre Anne-Sophie Mutter et le chef roumain Sergiu Celibidache tournera court dès la première répétition, sous forme de règlement de compte liée à l’inimitié entre les deux chefs d’ailleurs.

 

 

Le chef américain Lorin Maazel était impitoyable sur le moindre « débordement » injustifié d’un soliste : c’est-à-dire que si le soliste voulait prendre des libertés qui ne se justifiaient que sur un « ressenti » (Vous savez, le “Parce que je le sens comme ca”) et ne semblaient donc pas convaincantes au maestro, il rendait – par sa battue – la chose tout simplement impossible et recadrait tout de suite le propos musical.

 

En tant qu’interprète, il existe plusieurs « écoles » (ou stratégies):

 

– Il y a ceux qui ferment les yeux, mettre leurs œillères et foncent. Ils déroulent leur interprétation et assurent leur partie. En gros, c’est « Catch me if you can » ou « Qui m’aime me suive ».

 

– D’autres cherchent à se fondre avec l’orchestre et vont à tout prix au contact, en mode plus extraverti. Quitte à se mettre en danger, ou à finir très loin de leur propre vision de l’œuvre.

 

Sans doute, l’idéal réside dans une troisième voie, où de la rencontre du soliste avec le chef et l’orchestre nait une collaboration et l’élaboration d’une vision commune de l’œuvre.
La meilleure garantie pour arriver à un terrain d’entente passe au préalable par un souci d’organicité dans les choix musicaux.
Quand la cohérence est évidente, souvent cela résout bien des problèmes et enlève de nombreux points de discussion.

 

Pour le soliste, reste alors à trouver un équilibre entre être ouvert et garder son centre.

#3. Répétitions avec orchestre

La 1ère répétition avec l’orchestre est toujours un moment particulier, notamment si c’est la première fois que l’on joue avec un orchestre. C’est un moment d’inconnu, un “blind date”. Même si cela n’est pas formulé explicitement, on “se présente” à l’orchestre.

 

Souvent la situation est un peu déséquilibrée. Le soliste vient (normalement) super préparé. Il a souvent déjà beaucoup joué les pièces avec différents orchestres, quand il s’agit de pièces du grand répertoire, il connait tous les recoins de la partition. Si c’est la première fois, il a soigneusement étudié l’œuvre dans des sessions de travail personnel et connait sa partie sur le bout des doigts.
Pour cela on a revu et “filé” la pièce plusieurs fois en se faisant accompagner par un.e pianiste qui joue une réduction de la partie d’orchestre au piano. C’est d’ailleurs ainsi que l’on apprend les œuvres avec orchestre lors de nos études.

 

L’orchestre, par contre, qui enchaine programme – semaine après semaine – lit souvent l’œuvre au moment de la première répétition. Certaines œuvres font tellement partie du répertoire, que les musiciens d’orchestre les ont dans les doigts ou dans les oreilles au moins.

 

Mais parfois ce n’est pas le cas.

 

Soit le chef d’orchestre fait une lecture de l’œuvre avant l’arrivée du soliste pour préparer le terrain. Soit pour gagner du temps, il fait cette première lecture directement avec soliste.

 

Il ne faut surtout pas s’affoler face à ce moment d’entropie musicale ! Les orchestres professionnels ont souvent une capacité d’intégration impressionnante et une courbe d’évolution très rapide.

 

Un autre aspect notable en tant que soliste violoniste est qu’à notre droite, côté Jardin (puisqu’on est tourné face au public), se trouve une vingtaine de… violonistes. Difficile de ne pas se sentir jugé parfois, par des collègues qui souhaiteraient tout simplement…jouer à notre place. Il faut convaincre. Une fois le “test” tacite passé, on peut aussi recevoir un soutien très chaleureux de la part des collègues.

 

Il faut dire que les musiciens dans l’orchestre voient défiler les solistes et les chefs, semaine après semaine. C’est pourquoi il est important, dès la première répétition, de dégager une énergie “nucléaire” pour « contaminer » et emmener l’orchestre.

 

Il peut être particulièrement gratifiant d’établir un véritable contact musical avec les musiciens de l’orchestre. Certaines œuvres se prêtent merveilleusement à une attitude de musique de chambre élargie. Ainsi dans le Concerto de Beethoven, le violon ne fait souvent qu’ornementer la partie orchestrale ou dialoguer avec d’autres instruments (merveilleux solo de basson dans le finale). De même dans le Tchaikovsky (flûte,clarinette), ou dans le Brahms (cor, hautbois).

 

Lors de la répétition, il faut faire des choix et comprendre là où il faut intervenir, et là où les choses vont se mettre en place d’elles-mêmes, vont se “tasser” avec le temps.

 

 

Le temps, il y en a peu et il n’est pas rare que le chef préfère garder les (trop peu nombreuses) sessions de répétition pour travailler la symphonie.
Parfois, en tant que soliste, on doit se contenter d’une répétition-lecture et de la répétition générale le jour du concert.
Avec de l’expérience, on apprend à « faire confiance » et à être efficace dans la manière de cerner les besoins réels. On sait que l’adrénaline aidant, tout le monde se mobilisera au moment du concert.

 

Pendant la répétition, il est important de respecter la hiérarchie – c’est-à-dire de communiquer avec et par le chef. Parfois avec des orchestres que l’on connait bien et qui ont une culture de dialogue “démocratique”, en tant que soliste – en accord avec le chef, il peut être pratique de faire directement une suggestion à l’orchestre ou à tel musicien.
Mais gare aux courts-circuits !
L’orchestre est une structure fondée sur la hiérarchie – comme dans une entreprise, il faut bien sentir l’équilibre et comprendre les circuits de transmission des informations.

 

Là encore, tout un art de la communication.

#4.Interviews et temps libre

Social media

La communication, c’est aussi une grande partie du séjour du soliste. Avec l’explosion des réseaux sociaux, les orchestres communiquent de plus en plus et alimentent leurs comptes Facebook, Instagram ou Twitter. Alors, toutes les répétitions sont enregistrées ou filmées et sont diffusées, même lorsque le résultat est encore en devenir. On montre les cuisines !

https://www.youtube.com/embed/Sb_xcQsY-Kc

 

Et les interviews se multiplient. L’artiste convie le public au concert à travers les réseaux sociaux.
Parfois on a le luxe d’avoir des traducteurs pour éviter d’être “lost in translation”. Le plus souvent on s’exprime en anglais. Ou on se risque à convoquer des souvenirs lointains de la langue du pays… 😉

https://embed.fbsbx.com/embed_instagram.php?url=https%3A%2F%2Fwww.instagram.com%2Fp%2FBuaICc4ilkA

Masterclasses

Souvent à ce planning se rajoutent des masterclasses. Ces moments sont précieux car ils créent un espace d’échange, et dans ce cadre, on peut apporter une valeur supplémentaire. Est-ce suffisant pour justifier l’empreinte carbone insensée générée par ces voyages lointains ? Je ne sais pas.

 

Mais en tout cas, ces moments sont riches d’enseignement et peuvent représenter un vrai moment de transmission et de partage.

 

J’ai été particulièrement touchée cette fois-ci à Bogota, car outre quelques jeunes étudiants, dont certains très talentueux, qui ont participé, des musiciens de l’orchestre ont voulu jouer à la masterclasse. Cela demande une telle humilité et un tel courage de s’exposer dans une position d’étudiant alors qu’on est professionnel. Chapeau !

Moments volés et visite de musée

Interviews, masterclasses, répétitions avec orchestre…Avec tout cela, il reste bien peu de temps pour travailler personnellement et alors… que dire du temps libre ?!

 

Cet emploi de temps chargé peut rendre la chose frustrante. Être au bout du monde sans pouvoir visiter les lieux. Il faut voler des moments pour, au moins, prendre le pouls de la ville : par exemple, si possible, marcher à l’hôtel ou dans les alentours de la salle de concert, prendre un café et observer.

 

 

Pourtant je me dis parfois que cette urgence rend peut-être les moments volés encore plus magiques. Ainsi j’ai été saisie par ma visite du Musée Botero.

 

 

Je n’étais pas forcément « fan » de Botero. Et là, j’ai été saisie de plein fouet. Cela a pris une toute autre signification pour moi et a suscité une réflexion sur la normativité, j’ai vu de l’ironie sans contestation ou violence, l’expression de quelque chose de profondément sud-américain et une immense liberté dans ce style si personnel.

 

Sans parler du lieu magnifique du musée, bâtiment colonial. Un havre de paix avec des patios aux fontaines – des petits « paradis », au sens littéral du terme, des jardins hors-du temps.

 

 

Lors d’un passage rapide dans le centre Gabriel Garcia Marquez doté d’une très belle librairie, j’ai pu voir quels livres étaient mis sur les présentoirs. Fou ce que l’on peut « capter » au passage. Par exemple, connaissez-vous le concept d’« Economia naranja », autrement dit l’économie orange, programme économique centré sur l’innovation et la création de valeurs avec lequel le président Duque a fait campagne ?

Hospitalité et privilège de rencontres

Et le temps libre, c’est aussi et surtout la rencontre de nouveaux amis et l’expérience d’une hospitalité incroyable.

 

Cette fois-ci j’ai été invitée par des musiciens de l’orchestre qui ont cuisiné des spécialités. Un guacamole d’anthologie et des cachapas rellenas de pollo – des crêpes de mais fourrées au poulet. Un régal !

 

 

Ces rencontres sont un privilège.
Il faut dire que le monde de la musique est petit ! Il est toujours fascinant de rencontrer la communauté de musiciens à travers le monde entier et de se découvrir des amis communs dans tous les pays.

Des parcours de vie parfois dignes de romans

Ainsi L., née en Russie d’un couple chilo-colombien, qui a grandi en France puis étudié au Pays-Bas, avant de jouer dans un orchestre au Vénézuéla et d’habiter maintenant à Bogota.

 

Ou D., péruvien, qui a joué dans le cadre des orchestres El Sistema au Vénézuela avant d’aller étudier en Allemagne, jouer dans des orchestres allemands pendant dix ans puis rentrer au Brésil avant de s’installer à Buenos Aires.

Cela donne follement envie de prendre la plume, quelle matière romanesque que ces musiciens – nomades !

 

Ce sont aussi des conversations politiques passionnantes qui font comprendre les biais cognitifs et culturels qui agissent sur notre perception.

 

Cela commence dès le matin avec le contact avec les média locaux. La chaîne CNN allumée sur la télévision locale au petit-déjeuner ou les journaux colombiens, où on ne parle que de Trump et de Vénézuela. Le centre est ailleurs. Le “news cycle” – très différent.

 

 

Ce sont aussi des conversations à bâton rompu sur El Sistema avec Joshua, le chef vénézuélien. Lors de ces conversations intimes, il devient possible de comprendre des choses que l’on ne lit pas dans la presse ou dans les journaux. Du partage d’expérience en OFF, hors micro.

 

Dans ces moments, je me sens mi-reporter, mi-citoyenne du monde.
En tout cas, privilégiée de cette ouverture sur d’autres horizons et reconnaissante de nouvelles amitiés.

(…)
La suite au prochain numéro !
Je vous parlerai de la suite : le jour J – le jour du concert !

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